lundi 29 juin 2009
jeudi 25 juin 2009
mardi 23 juin 2009
Il est difficile d'être un dieu
« Il est difficile d’être un dieu » se déroule dans la société communiste idéale future élaborée par le duo Strougatski au fil de leur oeuvre, un univers humaniste à la « Star Trek ». Suite au triomphe du communisme, les habitants de la Terre vivent désormais en paix et consacrent une bonne part de leur temps à guider à distance le développement d’autres civilisations dans la bonne direction. Pour ce faire, des agents sont envoyés incognitos sur les divers mondes « en voie de développement » afin d’informer les membres de l’Institut d’histoire expérimentale demeurés sur la planète mère de l’évolution des choses.
C’est le cas d’Anton qui, sous les traits de don Roumata, membre de la noblesse locale, fait face aux multiples périples qui menacent les habitants du royaume d’Arkanar, sur une planète dont nous ne connaîtrons pas le nom. La société qu’il est chargé d’observer se situe encore à un stade de développement rappelant notre Moyen Age terrien. Les intellectuels en tous genres sont violemment persécutés en ce lieu, du fait d’un certain don Reba, le ministre de la Sécurité particulièrement zélé dudit royaume. Face aux assauts obscurantistes de don Reba et de ses sbires, Roumata/Anton fait ce qu’il peut pour « exfiltrer » le maximum de savants possibles, sans se faire démasquer. Mais il va bientôt découvrir que don Reba n’est lui-même qu’une pièce sur un vaste échiquier, manipulé de main de maître par un ordre religieux désireux d’imposer son autorité sur le plus grand nombre d’individus…
« Il est difficile d’être un dieu » vaut moins pour la qualité de ses rebondissements que pour la peinture des états d’âme de Roumata/Anton, confronté à une brutalité extrême à laquelle il ne peut s’opposer, car toute ingérence de sa part dans les affaires d’Arkanar risquerait de modifier gravement les équilibres historiques de la planète. Il lui est dès lors difficile d’accepter son statut d’être quasi divin, d’avoir à sa disposition une technologie venue d’outre-espace, et de se retrouver placé au milieu d’êtres humains en proie à de terribles souffrances qu’il n’a pas le droit de soulager.
mardi 16 juin 2009
jeudi 11 juin 2009
mercredi 10 juin 2009
Interzone

Les textes regroupés dans cet ouvrage assurent la transition entre la première partie de l’œuvre de Burroughs, qui s’étend grosso modo jusqu’à la rédaction de « Queer » en 1951, et la publication de son œuvre maîtresse, le « Festin Nu », en 1959. Retrouvés en 1984 dans les archives d’Allen Ginsberg, avec qui il entretenait une correspondance fournie, ils ont été pour l’essentiel rédigés à Tanger, où Burroughs s’est installé en 1954. A l’époque, la ville marocaine était encore placée sous une administration étrangère, divisée en zones d’influence - d’où le titre du recueil : « Interzone » pour « International Zone ».
Du fait de ce statut particulier, les Occidentaux qui élisaient domicile en ce lieu jouissaient d’une liberté de mouvement incomparable, ce qui convenait parfaitement bien à celui qui est depuis devenu un des écrivains phare de la « beat generation ». Il faut dire qu’en tant qu’héroïnomane notoire et homosexuel fortement attiré par les jeunes hommes (on pense ici à la figure de Kiki, qui revient à intervalles réguliers dans ces pages), Burroughs pouvait difficilement continuer à vivre comme il l’entendait aux Etats-Unis, qui plus est en pleine vague puritaine anticommuniste.
On retrouve dans ces récits un certain nombre de thèmes et de personnages qui effectueront la transition jusque dans les pages du « Festin Nu ». A commencer par William Lee, le double littéraire de Burroughs, qui nous fait découvrir les méandres interlopes d’un Tanger qui semble se déployer à travers de multiples dimensions - une ville fantasmatique renommée Interzone dont la réalité paraît dépendre du degré d’intoxication au kif ou à l’héroïne du narrateur.
Les multiples descriptions des astuces inventées par les camés pour se procurer de la drogue, des étrangers hauts en couleur échoués dans cette ville digne de la colonie pénitentiaire décrite par Kafka, des pratiques sexuelles de la faune grouillant dans les artères nauséabondes d’Interzone, composent une mosaïque digne d’un tableau de Bosch. La rencontre de l’Orient et de l’Occident qui s’opère en ce lieu, ce télescopage stupéfiant (sans jeu de mot) engendre une sensation d’irréalité digne d’un récit fantastique.
Beaucoup plus facile d’accès que ses œuvres ultérieures, avant qu’il ne fasse un usage intense de la technique du « cut-up », consistant à mélanger les phrases d’un texte de façon à produire de surprenants collages, « Interzone » constitue une excellente porte d’entrée dans l’univers déjanté de Burroughs. On peut également se reporter avec intérêt, pour compléter cette lecture, au très bon film qu’a tiré David Cronenberg du « Festin Nu » en 1991, avec Peter Weller dans le rôle de Burroughs, qui marie habillements incidents tirés de la vie de l’auteur et anecdotes tout droit sorties de son œuvre. Appuyé sur ces deux béquilles, on sera alors correctement équipé pour se plonger dans le texte halluciné, décousu, révoltant, magnifique, que constitue le désormais célèbre « Naked Lunch ».










