vendredi 13 novembre 2009

vendredi 30 octobre 2009

jeudi 27 août 2009

Le Preneur d'Ames

Alors bien sûr, le nom de Frank Herbert est indissociable à tout jamais de son œuvre maîtresse, la gigantesque saga intergalactique que constitue « Dune » et ses déclinaisons multiples - saga que son fils Brian contribue aujourd’hui à poursuivre à l’aide de diverses séries de romans de fort bonne tenue ma foi. Mais il ne faudrait pas oublier que cet auteur majeur ne s’est pas limité à cet univers où l‘épice est reine, et qu’il a également produit d’autres récits tout aussi recommandables, bien que situés au sein d’autres espace-temps. C’est dans cette lignée d’œuvres annexes mais pas secondaires que s’inscrit ce roman, « Le Porteur d’Ames », qui relève non pas de la science-fiction mais du fantastique (quoique…).


Peu de personnages ici. Deux, en fait : Charles Hobuhet, d’une part, un amérindien occidentalisé, brillant étudiant de l’Université de Washington ; et David Marshall, d’autre part, le jeune fils d’Howard Marshall, nouveau sous-secrétaire d‘Etat des USA. Deux êtres que tout sépare a priori et dont le destin se trouve soudainement lié suite au viol de la sœur de Charles par un groupe de délinquants, qui finissent par la tuer.


Une gigantesque chasse à l’homme se met en branle à proximité de la frontière canadienne dès qu’il apparaît évident que Charles - qui se désigne désormais sous le nom de « Katsuk » (le centre de l’univers dans l’idiome de son peuple), un esprit vengeur, authentique et ancien, l’habitant et guidant ses actions - a enlevé David du camp forestier où il venait passer ses vacances. Son objectif ? Sacrifier un Blanc innocent afin de frapper le monde, afin d’envoyer un message qui n’échappera à personne - un sacrifice en échange de tous les innocents massacrés de son propre peuple.


L’emmenant dans son sillage aux tréfonds d’une forêt ancestrale qu’il maîtrise mieux que quiconque, Charles découvre progressivement qu’il éprouve du respect pour ce jeune Blanc, qu’il ne sera pas aussi aisé de disposer de sa vie qu’il l’aurait d’abord pensé. D’autant plus qu’il lui sera nécessaire que sa future victime accepte son sort, qu’elle finisse par comprendre l’utilité de son sacrifice, juste rétribution pour les horreurs perpétrées par ses semblables.


Frank Herbert ne tranche jamais totalement dans ce récit à la linéarité implacable. Il nous laisse dans l’incertitude quant à la nature de la possession de Charles : vraie manifestation d’un esprit vengeur venu réclamer son dû ? démence déclenchée par le sort terrible rencontré pas sa sœur ? Peu importe au final. Ce qui est indéniable, c’est l’ampleur des massacres subis par les populations amérindiennes, la maltraitance passée et présente de ces diverses nations aux mains des Blancs. La colère ressentie par Charles / Katsuk ne saurait être niée, elle a de bonnes raisons d’être. La solution retenue - l’immolation d’un innocent - n’est probablement pas la meilleure, c’est indéniable, mais elle est compréhensible quand elle provient d’un être dont le peuple a été exterminé, d’abord physiquement, puis culturellement.


Ecrit en 1972, ce récit n’a malheureusement rien perdu de son actualité. D’indéniables progrès ont certes été réalisés aux Etats-Unis dans la reconnaissance des torts passés et dans le respect de la légitime différence culturelle des premiers habitants du continent - mais le mal est fait…

vendredi 14 août 2009

vendredi 10 juillet 2009

Le Secret de Crickley Hall


Les récits gravitant autour de maisons hantées font décidément toujours recette. La preuve en est une nouvelle fois donnée par le dernier opus en date de James Herbert, le célèbre auteur britannique, dont l’action se déroule dans une demeure du sud-ouest de l’Angleterre visitée par un revenant fort peu sympathique.
Tout commence (à nouveau) lors de l’arrivée de la famille Caleigh dans ce coin reculé du pays, loin des souvenirs douloureux associés à leur existence londonienne. Le jeune fils d’Eve Caleigh a en effet mystérieusement disparu sans laisser de traces quelques mois plus tôt, plongeant cette femme, son mari américain (Gabe) et leur deux filles (Loren et Cally) dans un état dépressif dont ils souhaitent vivement s’extraire par un changement d’environnement. Pourtant, dès leur arrivée à Crickley Hall, une vaste et vieille demeure, plutôt sinistre, un sentiment oppressant s’empare d’eux sans qu’ils soient à même de déterminer son origine. Leur chien, par exemple, refuse absolument de résider en ce lieu et ne tarde par à fuguer. Quant aux deux jeunes filles de la maisonnée, elles établissent bientôt des liens étranges avec des entités surnaturelles, tantôt sympathiques, tantôt terrifiantes, qui semblent habiter elles aussi en le bâtiment, comme retenues prisonnières par une présence maléfique…
Eve va peu à peu faire le jour sur l’histoire passée de Crickley Hall, qui n’est pas sans compter son lot d’horreurs. Durant la Seconde guerre mondiale, le gouvernement britannique a en effet pris la décision d’évacuer le maximum d’enfants à distance des grandes villes, de manière à ce qu’ils soient le moins possible exposés au « blitz » allemand. C’est ainsi qu’un groupe d’orphelin s’est retrouvé occuper Crickley Hall, sous la direction pour le moins sévère d’un certain Theophilus Cribben et de sa sœur Magda, tous deux passablement dérangés. Punitions démesurément sévères, sévices physiques, antisémitisme ouvert constitueront le lot de ces malheureux. Jusqu’à l’horreur qui les frappa tous lors d’une terrible inondation qui ne laissa pas de survivants - hormis un Magda aphasique, recluse solitaire dans un hôpital psychiatrique…
Le moins que l’on puisse dire, c’est que James Herbert prend son temps pour nous détailler la montée en puissance de cette histoire de revenants aux tendances sadomasochistes. Ce qui lui permet de conférer à ses personnages une vraie profondeur psychologique. Revers de la médaille, le « punch » du récit en ressort quelque peu dilué. D’autant plus que ce n’est pas vraiment l’originalité qui caractérise ce roman. Si « Le Secret de Crickley Hall » ne démérite pas face à ses concurrents, il n’apporte pas non plus grand chose de novateur à un genre dont la plupart des sentiers ont déjà été parcourus à de multiples reprises.
Le talent de conteur d’Herbert est heureusement là pour nous faire oublier ces quelques réserves. Il parvient suffisamment à nous envoûter pour que nous ne lui tenions pas rigueur du caractère un rien insipide de son intrigue. Et puis le personnage de Theophilus Cribben n’est pas sans qualités. Ses agissements torturés inspirent une vraie terreur chez le lecteur, et c’est sur ses épaules que repose en grande partie le succès de ce sombre récit à réserver aux nuits d’orage.