lundi 29 décembre 2008
lundi 22 décembre 2008
La Forêt de Cristal

On ne le répétera jamais assez : la lecture de l’oeuvre de J.G. Ballard est absolument nécessaire à quiconque souhaite questionner la société dans laquelle nous vivons ainsi que ce vers quoi nous tendons collectivement (ne serait-ce que d’un point de vue inconscient). Auteur essentiel, grand décrypteur du sens sous-jacent des développements technologiques de notre époque, chacun de ses textes nous plonge dans une réalité légèrement déformée, perçue comme au travers d’un prisme, où les notions de temps, de devenir, de rapport à autrui et à nos fantasmes, de mythologies déviantes (voire perverses) et de désenchantement "houllebecquien" infusent puissament les récits que le Britannique a aligné au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler.
"La Forêt de Cristal", roman publié en 1966, ne déroge pas à la règle. Cette apocalypse lumineuse, toute en vitrification, appartient à un quatuor de récits se penchant sur la question de la fin ultime de toutes choses (les trois autres étant : "Le Vent de nulle part" 1961, "Le Monde englouti" 1964 et "Sécheresse" 1965). Ballard ne s’appesantit pas sur l’aspect "scientifique" de la narration, mais voici en quelques mots ce dont il est ici question : à la suite d’une faille temporelle, un processus de cristallisation du monde voit le jour en divers points du globe. Ce processus, qui passe d’abord inaperçu du fait de son caractère silencieux, minéral, gagne progressivement en importance et rien ne laisse penser qu’il soit possible de l’enrayer. Une gigantesque marée cristalline, semblable à une nappe de glace, s’étend peu à peu, recouvrant tout sur son passage, intégrant à sa masse transparente les éléments - tant végétaux, qu’animaux ou humains - qui ont le malheur ( ?) de se trouver sur son passage. L’humanité se voit donc confrontée non pas à un nouvel "Age de Glace", mais bien à un "Age de Cristal" (rien à voir avec le film, toutefois !) qui menace de l’engloutir à tout jamais, la figeant ainsi dans une éternité à laquelle elle ne saurait aspirer autrement.
Le lecteur est entraîné dans le sillage du Docteur Edward Sanders, qui abandonne pour un mois la léproserie où il officie habituellement afin de partir à la recherche d’un couple d’amis dont il est sans nouvelles depuis trop longtemps. Max Clair et sa femme, Suzanne (qui fut jadis la maîtresse d’Edward), sont en effet venus s’installer à proximité de la clinique de Mont Royal, dans la forêt camerounaise, jouxtée d’une ribambelle de communautés minières héritées de la période coloniale française. Or, il va bientôt s’avérer qu’en ce lieu reculé se développe en secret, loin des yeux de la civilisation, une de ces "tumeurs" cristallines que certains accueillent, à la grande surprise initiale de Sanders, avec un enthousiasme confinant au mysticisme. Ce n’est pas en effet vraiment la mort qui attend les êtres pris dans cette gangue, mais une sorte de vie éternelle - quoique dépourvue des attributs habituels de la vie animale, à commencer par la possibilité de se mouvoir - que bon nombre semblent attendre comme une libération des tourments que nous rencontrons tous dans le flot de l’existence.
La quête du Docteur Sanders, sa remontée du fleuve (du temps) en direction de l’amont, perdu au sein de la jungle (matérialisation de l’inconscient), rappelle bien entendu celle entreprise par Marlow, le héros d’"Au coeur des Ténèbres", le célèbre roman de Joseph Conrad.
Sauf qu’ici, ce ne sont pas les ténèbres qui attendent Sanders, mais "l’homme illuminé", transfiguré...
jeudi 18 décembre 2008
mardi 16 décembre 2008
La Fiancée du Dieu Rat
Chrysanda Flamande (Christine de son vrai prénom), jeune femme superficielle et vaine mais bourrée d’énergie positive, grande dévoreuse d’hommes, constamment flanquée de son escadron de pékinois (Black Jasmine, Buttercreme et Chang Ming – qui se révéleront au final bien moins décoratifs qu’on pourrait le penser) et de sa belle-soeur Norah Blackstone, qu’elle a sauvé de la voie sans-issue dans laquelle elle s’était engagée à Manchester suite au décès de son mari durant la Grande Guerre, savoure le succès du dernier long-métrage à l’affiche duquel elle apparaît : « Le Baiser des ténèbres ».
Ce qu’elle ne sait pas, en revanche, c’est que le lourd collier qu’on lui a demandé de porter pour ce film (la « Lune des Rats ») l’a désignée comme étant la promise d’un démon venu de Mandchourie : « Da Shu Ken », ou le Dieu Rat. Un étrange vieillard chinois du nom de Shang Ko, qui a pris conscience du danger encouru par Christine en apercevant l’affiche de son film, entre bientôt à son service en tant que jardinier pour lui porter secours sans qu’elle le sache. Il s’agit en vérité d’un puissant magicien venu de l’Empire du Milieu, qui a déjà affronté cette divinité maléfique dans le passé, sans toutefois parvenir à la contrer...
Une série de meurtres étranges, d’une violence hors du commun, vient ensanglanter l’équipe qui travaille au nouveau film de Christine, « La Démone de Babylone », tourné par un certain Hraldy qui ne rêve que de porter à l’écran « La Métamorphose » de Kafka. Un jeune cascadeur se fait littéralement tailler en pièce par Charlie Sandringham, un acteur possédé que la production s’empresse de cacher loin de Los Angeles, histoire de ne pas ruiner les recettes espérées. Blake Fallon, le premier rôle masculin, habituellement totalement dénué de talent, se métamorphose soudain en acteur de première classe tout en cherchant chaque jour davantage la compagnie de Christine – qui échappe de peu à une tentative d’assassinat à l’explosif, lors d’une cascade à bord d’un char. Durant ce temps, une idylle fragile se noue entre Norah Blackstone et Alec Mindelbaum, le cadreur ayant la responsabilité de mettre les films en boîte...
La Californie de ce début de XXème siècle accueille le récit trépidant de « La Fiancée du Dieu Rat », fait de magie chinoise, de courses-poursuites avec des morts-vivants, d’intrigues au sein du milieu cinématographique hollywoodien. La brochette de personnages inventée par Barbara Hambly remplit à merveille le rôle qu’elle lui assigne : tresser un intrigue palpitante et légère, recréant le temps d’un roman l’atmosphère surannée des « serials » d’antan, mélant exotisme, aventure et romance en une mixture qui se savoure sans compter.
On peut cependant regretter que le roman ne réserve pas davantage de coups de théâtre ou d’éléments secondaires susceptibles de raviver l’intérêt du lecteur. Linéaire à l’excès, il perd par moments de son intensité au fil des 455 pages qu’il compte. Plus court ou plus touffu, cet ouvrage se serait certainement révélé plus intense.
Mais ne dramatisons pas : en l’état, il n’en reste pas moins un agréable divertissement, qui fait penser par moments à l’excellent « Colheart Canyon » de Clive Barker pour sa description des moeurs hollywoodiennes. A découvrir.

