
A la fin des années 60, la télévision britannique propose à ses spectateurs stupéfaits une série qui est depuis devenue une référence absolue : « Le Prisonnier ». Un agent secret britannique sur le point de démissionner est transporté durant son sommeil dans un Village d'apparence idyllique, peuplé de prisonniers numérotés – notre héros portant désormais le fatidique « numéro 6 ». En dépit de l'absence apparente de contrainte, il s'avère impossible de fuir ledit village, aux décors et aux costumes surréalistes. L'intégralité de la série gravite autour du désir du numéro 6 (qui refuse obstinément cette dénomination) de s'échapper de cette prison à ciel ouvert...
L'album de Marchal et Rodolphe apparaît commu un hommage transparent au Prisonnier. De quoi s'agit-il ici en effet ? D'une échange de prisonniers entre Américains et Soviétiques sur un pont berlinois durant la Guerre Froide qui amène un homme visiblement drogué à se réveiller dans un mystérieux village bordé d'un lac, quelque part en Russie. L'individu prétend s'appeler Olaf Gustavson, ingénieur finlandais, mais les autorités locales tentent de le convaincre qu'il ne s'agirait là que de sa couverture. Il s'appellerait en réalité Grégor Polianov, et serait un agent soviétique infiltré de l'autre côté du Rideau de Fer, auquel les autorités américaines auraient fait subir un lavage de cerveau !
Qui dit la vérité en ce lieu perdu au sein de l'immensité de la nature inviolée de la Russie soviétique ? Quelles sont les motivations sous-jacentes des uns et des autres ? Qui est qui ? Qui trompe qui ? Ce sont là quelques unes des questions récurrentes qui irriguent ce très distrayant premier tome du Village. L'incertitude relative à l'identité d'Olaf / Grégor nous tient en haleine, et le coup de théâtre final n'est pas sans ironie.
La copie demeure toutefois inférieure au modèle, cette bande-dessinée ne faisant que flirter avec l'élément fantastique qui conférait à la série de Patrick McGoohan une touche inimitable, rendant le récit plus universel dans son propos. Le mystère se résume ici à une traditionnelle histoire d'agents secrets infiltrés - ce qui n'a rien de déshonorant en soi, mais qui n'a tout de même pas la même portée que les interrogations abordées par l'individualisme forcené du prisonnier...
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