lundi 29 septembre 2008

Les Danses Macabres


La pensée de la mort se développe sous forme de "Danses Macabres" (littéraires et iconographiques) en Europe au XIVème siècle en parallèle avec le surgissement de la Peste Noire et de ses ravages (un tiers de la population européenne décimée ?). La mort est devenue omniprésente - choc psychologique intense. Deux lignées essentielles : française et germanique. L'égalité devant la mort doit-elle mener à la résignation ?

Le Dernier Evangile


Jack Howard, le protagoniste central de ce roman d'aventures archéologiques de David Gibbins (lui même universitaire à Cambridge et docteur en archéologie), n'a rien d'un Indiana Jones moderne. Pas de panoplie avec lasso et sourire charmeur en coin pour ce scientifique britannique, que l'on retrouve ici dans le troisième volet de ses exploits. Après avoir retrouvé la trace du fameux continent englouti décrit par Platon dans « Atlantis », mis la main sur le trésor des Croisades dans « Le Chandelier d'Or », il s'attaque ici à l'épave du navire de saint Paul, l'homme qui a contribué à répandre le Christianisme hors de son berceau d'origine, au Proche-Orient...

C'est aux abords de Pompéi - à Herculanum, pour être précis, une autre ville ensevelie lors de la fameuse éruption du mont Vésuve, en 79 après J.C. – que tout s'enclenche. Jack et ses compagnons découvrent un document qui les incite à penser que Claude, l'Empereur romain ayant régné de l'an 10 à l'an 54, n'est pas mort empoisonné comme on le pensait jusqu'ici. Il aurait en fait simulé son trépas afin de prendre sa retraite, loin des machinations de la Cour, afin de se consacrer pleinement à la rédaction de ses mémoires en compagnie de Pline l'Ancien.
Encore plus stupéfiant, Claude aurait rencontré, lors d'un séjour en Palestine effectué quelques décennies auparavant, un charpentier du nom de Jésus ! Impressionné par son enseignement, il lui aurait fait rédiger un Evangile qu'il s'est empressé de cacher. Il va de soi que pareille découverte promettrait de révolutionner la conception que des générations et des générations se sont faites de la parole du Christ, jusqu'ici seulement transmise par d'autres auteurs, jamais directement par le principal intéressé. Le fait de mettre à jour un document écrit de sa propre main, de revenir ainsi à la source de sa sagesse, a donc de quoi faire saliver notre archéologue de choc.

Mais tout le monde ne l'entend pas de cette oreille. Des forces obscures au sein de la Curie romaine – le « concilium ecclesiasticum sancta Paula » - veillent à ce que ce secret ne s'ébruite pas. Car c'est tout l'édifice sur lequel se sont bâtis deux millénaires de Christianisme qui pourrait s'effriter dans l'éventualité où cet Evangile remonterait à la surface. Et tous les moyens sont bons pour empêcher pareille éventualité - y compris la violence physique la plus sordide, digne des pratiques de la Mafia napolitaine...

Il en faut toutefois davantage pour décourager notre héros, qui s'élance avec entrain sur la piste du très convoité manuscrit. Il commence par un peu de plongée sous-marine dans les égouts de Rome, avant de s'envoler pour Londres et la cathédrale Saint-Paul. Là, il exhume la tombe de Boadicée, la fameuse reine bretonne ayant mené la révolte contre l'envahisseur venu d'Italie. La petite équipe flanquant Jack quitte ensuite les brumes britanniques pour le soleil éclatant de la Californie, remontant consciencieusement le fil devant les mener, ils l'espèrent tous, à l'Evangile de Jésus de Nazareth...

On ne peut pas s'empêcher, à la lecture de ce roman, plutôt divertissant au demeurant, de penser au célebrissime « Da Vinci Code » de Dan Brown. Même jeu de piste à travers les âges et les lieux, mêmes agissements machiavéliques d'individus néfastes noyautant de l'intérieur l'Eglise Catholique elle-même, même plaisir à découvrir un passé revisité, réagencé par la grâce d'une narration enlevée... Cette ressemblance est peut-être d'ailleurs ce qui constitue également la limite essentielle de ce « Dernier Evangile » : on a par instants la sensation que l'auteur se contente de dérouler une recette à succès, que l'on aurait souhaitée plus créative.

Ces réserves énoncées, il faut toutefois reconnaître à David Gibbins une solide connaissance de son propos (mais après tout, c'est son métier !) et d'indéniables qualités littéraires. Le roman se lit d'une traite et, chose non négligeable, on apprend au passage tout un ensemble de faits historiques qui nous aident à mieux cerner cette période de l'Antiquité. Avis donc aux amateurs de vieilles pierres et de mystères enfouis dans les gouffres du Temps !

Le Souffle du Temps


Avant tout connu pour sa série de romans de « La Forêt des Mythagos » et son travail au sein de la « fantasy mythique », Robert Holdstock s'est offert en 1981 un crochet par le domaine de la science-fiction pure avec « Le Souffle du Temps ». Cependant, l'auteur a là aussi adopté une démarche résolument éloignée de la « hard science » défendue par nombre de ses compères pour flirter avec un ton rappelant par moments celui de la « fantasy ». Plutôt qu'un inventaire de termes techniques savants, son roman constitue en effet davantage une réflexion poétique sur des notions telles que l'inéluctabilité de l'écoulement du temps, la nature de notre humanité, le hasard et la destinée...

L'action se déroule sur le monde de VanderZande (dit aussi « Kamélios ») - une planète a priori inhabitée, qui a pour caractéristique essentielle d'abriter des vallées balayées par les « vents du temps ». Ces vents sont en réalité des distorsions temporelles faisant s'échouer au petit bonheur la chance des épaves et des bâtiments venus d'autres âges au sein de l'époque fréquentée par les colons humains. Ces derniers s'empressent d'ailleurs d'aller explorer ces vestiges avant qu'une autre rafale venue de l'Outretemps ne les remporte aussitôt avec elle.

Léna Tanoway, Léo Faulcon et Kris Dojaan constituent le trio autour duquel s'agence l'essentiel du récit. Venus de la Cité d'Acier, gigantesque monstre de métal ayant la possibilité de se déplacer d'un lieu à l'autre en fonction des saisons, chevauchant leurs motos à travers les étendues désertiques de cette planète à la recherche d'artefacts extraterrestres, ils sont rapidement confrontés à la figure fantomatique (et polémique !) de Mark, le frêre de Kris, emporté jadis par un vent du temps. Kris est pour ce qui le concerne absolument persuadé de pouvoir retrouver Mark, qu'il imagine surfant sur les vagues temporelles. Léo, amoureux de Léna, hésite à dévoiler les relations d'amitié qu'il entretenait avec Mark, dont il se reproche la disparition. Quant à l'individu responsable de leur unité, le commandant Ensavlion, il est pour sa part totalement obnubilé par la possibilité d'entrer en contact avec les entités à l'origine des mystérieux vents du temps...

Suite à une expédition qui tourne mal, Léo s'exile au sein d'une communauté de Modifiés – des êtres humains désireux de s'affranchir des contraintes technologiques pour vivre sur Kamélios, n'hésitant pas pour ce faire à intervenir sur leur propre code génétique. Au contact des ces êtres différents, Léo va découvrir une autre philosophie de l'existence qui va lui permettre d'effectuer son retour à la Cité d'Acier. Une fois revnu, il osera enfin s'aventurer en ce lieu duquel on ne revient jamais. Il osera enfin se laisser emporter par une rafale de vent du temps...

« Le Souffle du Temps » brasse ainsi tout un ensemble de thèmes extrêmement variés. Le récit hésite d'ailleurs souvent entre les diverses pistes qu'il trace, ce qui laisse parfois le lecteur dans l'incertitude quant au message que la narration est sensée délivrer. On ne sait pas toujours très bien si l'on doit s'attacher aux personnages, ou si le coeur du récit réside dans le mystère qui entoure les phénomènes temporels propres au monde de VanderZande. L'interlude au sein des Modifiés pose également plus de questions qu'il n'apporte de réponses.

On aurait peut-être aimé que l'auteur développe une intrigue plus classique, faite d'actions et de rebondissements, d'objectifs clairs et bien définis. La rédaction d'une oeuvre désireuse d'aborder de tels thèmes philosophiques nécessite une aisance que Robert Holdstock ne semblait malheureusement pas détenir à l'époque de la parution de ce livre. L'ensemble n'est pas complètement dénué de qualités, loin s'en faut, mais il manque un zest d'énergie au récit qui ne se révèle au final jamais totalement captivant.

Il s'agit donc là d'un roman que les amateurs de l'auteur devront lire, ne serait-ce que parce qu'il dévoile un aspect différent de son talent de conteur, mais qui ne figurera peut-être pas en tête de liste des ouvrages à bouquiner pour les lecteurs étrangers à son univers.

vendredi 12 septembre 2008

Les Bêtes aussi ont le droit de vivre


Bon panorama de la question du droit des animaux, datant de 1975. Après avoir étudié les nombreux liens qui de toujours unissents les animaux aux hommes (garde, somme, trait), le livre se penche sur les questions de l'asservissement industriel des animaux pour le bien-être de l'homme, de leur massacre pour l'obtention de parcelles de valeur de leurs corps (cuir, ivoire), de leur traitement dans les laboratoires et les zoos, de la perdurance des jeux du cirque sous forme de corridas et autres combats de coqs, de l'impact de la chasse et des safaris... Il dresse alors le bilan des espèces déjà disparues et de celles sur le point de le devenir et appelle à une plus saine gestion des équilibres naturels.
De l'homme ou de l'animal, en définitive, lequel est le plus "sauvage" des deux ? La supériorité de l'homme, plutôt que morale, se résume bien souvent à un simple emploi de la loi du plus fort.
La corrida et les jeux du cirque : affirmation de l'humanité face à l'animalité, ou bien alors avilissement moral, ensauvagement ?

Les Rats


« Les Rats », le premier roman du célèbre écrivain britannique James Herbert, originellement paru en 1973, demeure peut-être encore à ce jour son oeuvre la plus mémorable. Non pas tant d'ailleurs pour ses qualités strictement littéraires (pas de fioritures, un récit qui va droit à l'essentiel, qui ne dévie guère) que pour sa description d'un fléau apocalyptique, surgi des tréfonds londoniens, qui s'abat sur la ville avec une virulence qui n'a d'égal que le peu d'intérêt que lui portent de prime abord les membres de la classe dirigeante. Cette dernière se révèle en effet plutôt indifférente au sort des couches les moins aisées de la population. Car la critique sociale déployée par Herbert, si elle avance masquée sous les traits d'un vulgaire récit de science-fiction « gore », n'en est pas moins toujours présente. Elle se révèle même violemment acide à l'occasion - à la manière du travail effectué au cinéma par un George Romero dans le sous-genre des zombies.

L'intrigue gravite autour d'Harris, un jeune professeur d'art évoluant dans les quartiers difficiles de l'est de Londres. Il est l'un des premiers à constater l'apparition d'une nouvelle espèce de rats, particulièrement agressive envers les êtres humains, à la morsure systématiquement mortelle à brève échéance, dont la taille avoisine celle d'un chien. Au début limitée à une poignée d'individus, la population de rongeurs prolifère toutefois à la vitesse « grand V », jusqu'à représenter un authentique danger pour la sécurité des habitants de la ville. Les rats gagnent progressivement de l'assurance et n'hésitent plus à mener des attaques de vaste envergure. La première scène de carnage se déroule dans le métro. Les malheureux passagers d'une rame coincée entre deux stations se font presque tous dévorer vivants par les immondes créatures. C'est ensuite le tour de la propre école d'Harris de subir les foudres d'une opération d'ampleur menée par les rats mutants. Le pire sera alors évité, grâce notamment au sang froid de notre héros. Seul le directeur de l'établissement trouvera la mort lors de cet incident.

Suite à ces éruptions de violence au coeur même de la capitale britannique, les autorités se doivent de réagir. Plus moyen de berner l'opinion publique, des mesures drastiques s'imposent. L'idée d'infecter les rats à l'aide d'un virus destiné à les éradiquer s'impose rapidement. Le plan semble d'ailleurs dans un premier temps se dérouler à la perfection : les rongeurs meurent par milliers, le danger semble définitivement écarté.

Mais c'est sans compter sans leur incroyable capacité d'adaptation...

La violence crue dépeinte par Herbert dans les pages de son roman lui a valu à l'époque d'être assez mal reçu par une partie de la critique. Faut-il s'en réjouir ou le déplorer - toujours est-il que les descriptions sanguinolentes contenues dans cet ouvrage ne suscitent plus la même révulsion aujourd'hui. En fait, plutôt que les passages ouvertement « gores » du livre, on peut parier que ce sont davantage les horribles descriptions de nos amis rongeurs à quatre pattes qui susciteront le dégoût chez de nombreux lecteurs. Car Herbert joue à fond la carte de la diabolisation de ces petites boules de fourrure, toujours entâchées dans l'inconscient collectif, pour leur plus grand malheur, d'une réputation morbide héritée de l'époque où elles détruisaient les récoltes et propageaient les épidémies (souvenons nous de la tristement célèbre Peste Noire...). A l'instar du loup, on a beau aujourd'hui savoir que cette peur n'est guère fondée en raison, rien n'y fait : la répugnance à l'égard des rats perdure.

Prenant acte du vaste succès commercial rencontré par son roman - qui se termine de manière relativement ouverte - James Herbert lui a donné deux suite : la première en 1979 (« Le Domaine des Rats ») et la seconde en 1984 (« L'Empire des Rats »).

Leur critique suivra d'ici peu sur les pages de Phénix Web...

Le Rire étrange : Bergson avec Freud


L'ouvrage croise "L'inquiétante étrangeté" de Freud et "Le Rire" de Bergson, en insistant sur le peu de distance qui séparent le rire de la peur. Mallarmé : "deux modes en secrets correspondants du Rêve et du Rire". Le comique et l'étrangement inquiétant comme même région, décrite différemment. Tout dépend du cadre - et du décadrage dans le cas de l'unheimlich. Le rire est le négatif photographique de l'angoisse.