lundi 29 décembre 2008
lundi 22 décembre 2008
La Forêt de Cristal

On ne le répétera jamais assez : la lecture de l’oeuvre de J.G. Ballard est absolument nécessaire à quiconque souhaite questionner la société dans laquelle nous vivons ainsi que ce vers quoi nous tendons collectivement (ne serait-ce que d’un point de vue inconscient). Auteur essentiel, grand décrypteur du sens sous-jacent des développements technologiques de notre époque, chacun de ses textes nous plonge dans une réalité légèrement déformée, perçue comme au travers d’un prisme, où les notions de temps, de devenir, de rapport à autrui et à nos fantasmes, de mythologies déviantes (voire perverses) et de désenchantement "houllebecquien" infusent puissament les récits que le Britannique a aligné au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler.
"La Forêt de Cristal", roman publié en 1966, ne déroge pas à la règle. Cette apocalypse lumineuse, toute en vitrification, appartient à un quatuor de récits se penchant sur la question de la fin ultime de toutes choses (les trois autres étant : "Le Vent de nulle part" 1961, "Le Monde englouti" 1964 et "Sécheresse" 1965). Ballard ne s’appesantit pas sur l’aspect "scientifique" de la narration, mais voici en quelques mots ce dont il est ici question : à la suite d’une faille temporelle, un processus de cristallisation du monde voit le jour en divers points du globe. Ce processus, qui passe d’abord inaperçu du fait de son caractère silencieux, minéral, gagne progressivement en importance et rien ne laisse penser qu’il soit possible de l’enrayer. Une gigantesque marée cristalline, semblable à une nappe de glace, s’étend peu à peu, recouvrant tout sur son passage, intégrant à sa masse transparente les éléments - tant végétaux, qu’animaux ou humains - qui ont le malheur ( ?) de se trouver sur son passage. L’humanité se voit donc confrontée non pas à un nouvel "Age de Glace", mais bien à un "Age de Cristal" (rien à voir avec le film, toutefois !) qui menace de l’engloutir à tout jamais, la figeant ainsi dans une éternité à laquelle elle ne saurait aspirer autrement.
Le lecteur est entraîné dans le sillage du Docteur Edward Sanders, qui abandonne pour un mois la léproserie où il officie habituellement afin de partir à la recherche d’un couple d’amis dont il est sans nouvelles depuis trop longtemps. Max Clair et sa femme, Suzanne (qui fut jadis la maîtresse d’Edward), sont en effet venus s’installer à proximité de la clinique de Mont Royal, dans la forêt camerounaise, jouxtée d’une ribambelle de communautés minières héritées de la période coloniale française. Or, il va bientôt s’avérer qu’en ce lieu reculé se développe en secret, loin des yeux de la civilisation, une de ces "tumeurs" cristallines que certains accueillent, à la grande surprise initiale de Sanders, avec un enthousiasme confinant au mysticisme. Ce n’est pas en effet vraiment la mort qui attend les êtres pris dans cette gangue, mais une sorte de vie éternelle - quoique dépourvue des attributs habituels de la vie animale, à commencer par la possibilité de se mouvoir - que bon nombre semblent attendre comme une libération des tourments que nous rencontrons tous dans le flot de l’existence.
La quête du Docteur Sanders, sa remontée du fleuve (du temps) en direction de l’amont, perdu au sein de la jungle (matérialisation de l’inconscient), rappelle bien entendu celle entreprise par Marlow, le héros d’"Au coeur des Ténèbres", le célèbre roman de Joseph Conrad.
Sauf qu’ici, ce ne sont pas les ténèbres qui attendent Sanders, mais "l’homme illuminé", transfiguré...
jeudi 18 décembre 2008
mardi 16 décembre 2008
La Fiancée du Dieu Rat
Chrysanda Flamande (Christine de son vrai prénom), jeune femme superficielle et vaine mais bourrée d’énergie positive, grande dévoreuse d’hommes, constamment flanquée de son escadron de pékinois (Black Jasmine, Buttercreme et Chang Ming – qui se révéleront au final bien moins décoratifs qu’on pourrait le penser) et de sa belle-soeur Norah Blackstone, qu’elle a sauvé de la voie sans-issue dans laquelle elle s’était engagée à Manchester suite au décès de son mari durant la Grande Guerre, savoure le succès du dernier long-métrage à l’affiche duquel elle apparaît : « Le Baiser des ténèbres ».
Ce qu’elle ne sait pas, en revanche, c’est que le lourd collier qu’on lui a demandé de porter pour ce film (la « Lune des Rats ») l’a désignée comme étant la promise d’un démon venu de Mandchourie : « Da Shu Ken », ou le Dieu Rat. Un étrange vieillard chinois du nom de Shang Ko, qui a pris conscience du danger encouru par Christine en apercevant l’affiche de son film, entre bientôt à son service en tant que jardinier pour lui porter secours sans qu’elle le sache. Il s’agit en vérité d’un puissant magicien venu de l’Empire du Milieu, qui a déjà affronté cette divinité maléfique dans le passé, sans toutefois parvenir à la contrer...
Une série de meurtres étranges, d’une violence hors du commun, vient ensanglanter l’équipe qui travaille au nouveau film de Christine, « La Démone de Babylone », tourné par un certain Hraldy qui ne rêve que de porter à l’écran « La Métamorphose » de Kafka. Un jeune cascadeur se fait littéralement tailler en pièce par Charlie Sandringham, un acteur possédé que la production s’empresse de cacher loin de Los Angeles, histoire de ne pas ruiner les recettes espérées. Blake Fallon, le premier rôle masculin, habituellement totalement dénué de talent, se métamorphose soudain en acteur de première classe tout en cherchant chaque jour davantage la compagnie de Christine – qui échappe de peu à une tentative d’assassinat à l’explosif, lors d’une cascade à bord d’un char. Durant ce temps, une idylle fragile se noue entre Norah Blackstone et Alec Mindelbaum, le cadreur ayant la responsabilité de mettre les films en boîte...
La Californie de ce début de XXème siècle accueille le récit trépidant de « La Fiancée du Dieu Rat », fait de magie chinoise, de courses-poursuites avec des morts-vivants, d’intrigues au sein du milieu cinématographique hollywoodien. La brochette de personnages inventée par Barbara Hambly remplit à merveille le rôle qu’elle lui assigne : tresser un intrigue palpitante et légère, recréant le temps d’un roman l’atmosphère surannée des « serials » d’antan, mélant exotisme, aventure et romance en une mixture qui se savoure sans compter.
On peut cependant regretter que le roman ne réserve pas davantage de coups de théâtre ou d’éléments secondaires susceptibles de raviver l’intérêt du lecteur. Linéaire à l’excès, il perd par moments de son intensité au fil des 455 pages qu’il compte. Plus court ou plus touffu, cet ouvrage se serait certainement révélé plus intense.
Mais ne dramatisons pas : en l’état, il n’en reste pas moins un agréable divertissement, qui fait penser par moments à l’excellent « Colheart Canyon » de Clive Barker pour sa description des moeurs hollywoodiennes. A découvrir.
jeudi 11 décembre 2008
mercredi 19 novembre 2008
vendredi 7 novembre 2008
mardi 28 octobre 2008
Légende

De quoi s’agit-il ici ? D’une sorte de « Massacre du Fort Alamo », avec les Drenaï et les Nadir en lieu et place des Texans et des Mexicains. L’action se déroule en effet de manière quasi exclusive au sein d’une forteresse stratégique – Dros Delnoch – verrou contrôlant l’accès à l’Empire Drenaï, dont l’assaillant Nadir doit s’emparer à tout prix s’il compte poursuivre son invasion plus avant. L’armée que ce rassemblement de peuplades nordiques (regroupées pour la première fois sous un même commandement par un certain Ulric, leur nouveau seigneur) masse aux abords de la forteresse a pourtant de quoi décourager toute velléité de résistance : la poignée de milliers de soldats défendant les six remparts de cet ultime bastion se voit confrontée à près d’un demi million d’hommes en armes venus du nord ! Il est toutefois impératif que ces troupes hétérogènes - pour bonne partie constituées de paysans recrutés à la hâte, peu au fait des arcanes de la stratégie militaire - tiennent cette position le plus longtemps possible. Le souverain Drenaï a en effet besoin de tout le temps qu’on pourra lui obtenir pour constituer une armée digne de ce nom, dans l’arrière-pays de son Empire.
Un homme hors du commun va revenir sur le devant de la scène, de manière à prêter main forte aux défenseurs. Il se nomme Druss « la Légende » et ses exploits sur les champs de bataille sont aussi nombreux que les cicatrices qui lui lézardent le corps. Il a, dans le passé, retourné à lui seul les situations les plus mal engagées. Armé de sa hache « Snaga », il constitue une formidable machine à tuer, d’une résistance inouïe, d’un courage sans failles.
Mais voilà : le temps n’a pas épargné Druss, et c’est un vieillard qui rejoint la forteresse de Dros Delnoch. Son arrivée génère par conséquent dans les rangs Drenaïs un étrange mélange d’excitation (à l’idée d’avoir un tel combattant à leurs côtés) et de désarroi (le doute quant à ses capacités réelles subsistant quelques temps). En l’absence de véritable meneur d’homme, c’est Druss qui prend le commandement des opérations. Ses compétences en matière de stratégie, ses connaissances relatives à la bonne manière d’entraîner les troupes et de leur communiquer la rage de vaincre, lui permettent bientôt de gagner l’estime de tous.
Flanqué de Rek, le nouveau Comte de Dros Delnoch, et de Virae, sa bien-aimée ; de Flécheur, le brigand à la tête d’une armée d’archers, et des Trente, moines combattants aux pouvoirs surnaturels, Druss entreprend de livrer bataille aux multitudes nordiques, sans grand espoir de sauver grand chose d’autre qu’un honneur qui constitue sa raison de vivre. La boucherie s’engage alors…
Ce roman, au déroulement fort linéaire, se révèle étrangement prenant. Le récit est pourtant assez basique : pas de fioritures inutiles, tout juste une narration alternée durant son premier tiers, des personnages qui ne brillent pas par leur profondeur psychologique (à l’exception peut-être d’Ulric, le « leader » des Nadirs, qui n’est pas si méprisable qu’on pourrait le penser à l’orée du roman). En dépit de ces faiblesses évidentes, David Gemmel parvient à nous captiver en nous contant l’histoire de ce combat perdu d’avance. Druss et ses compagnons, peut-être du fait de leurs choix prévisibles, acquièrent une dimension mythologique qui confère à cette « geste » une dimension universelle. Leur lutte contre le destin, contre la fatalité de notre mortalité, fait résonner en nous des échos qui nous incitent à poursuivre la lecture, quelles que soient les maladresses et les raccourcis éventuels émaillant cette première œuvre. Le message qui se dégage au final se résume en quelques mots : ne jamais abandonner, lutter, lutter encore et toujours, lutter jusqu’au bout.
Et parfois – rarement, mais parfois quand même – des miracles se produisent…
lundi 27 octobre 2008
Sauvagerie
Court roman ou longue nouvelle (en anglais, on appelle les récits de ce type des « novellas »), le nouvel opus de J.G. Ballard (dont la première édition en Grande-Bretagne remonte à 1988) n'a rien de dépaysant pour qui connait un peu l'oeuvre de cet auteur passé maître dans l'art de l'anticipation sociale dystopique. Ici, comme dans la majorité de sa production, les personnages se trouvent confrontés à un univers asceptisé, que des éruptions de violence organique viennent secouer aux moment où on les attend le moins. Souvenons-nous en effet que Ballard n'est autre que l'inventeur sulfureux de la pulsion de mort érotique qui s'empare des personnages de « Crash », fameux roman porté à l'écran par David Cronenberg en 1996, où le choc et les mutilations résultant de carambolages automobiles érigés en oeuvres d'art viennent titiller les fantasmes charnels d'un groupe de fétichistes de cette apocalypse motorisée. Il est aussi l'auteur de « Super Cannes », excellent roman centré autour des effets profondéments dévastateurs qu'ont sur la psychée humaine les « resort communities », sortes d'espaces urbains prétendument édéniques, mais qui cèlent en vérité une réalité bien plus complexe.
« Sauvagerie » nous fait ainsi découvrir un enclos résidentiel de luxe (une de ces « gated communities » qu'on voit fleurir en divers lieux, aux Etats-Unis comme ailleurs) du nom de « Pangbourne Village ». Les résidents privilégiés de cette enclave londonienne mènent une existence harmonieuse en compagnie de leurs familles, protégés du chaos régnant (soi-disant) à l'extérieur par des grillages de sécurité surveillés par des gardes armés. La dizaine de familles vivant là fait montre, en plus d'un rapport décomplexé à l'argent qu'elle brasse, d'un positionnement politique assez progressiste, qui s'accompagne de surcroît d'une attitude éminement libérale quant à la façon d'élever ses enfants. Ces derniers disposent de tout ce qu'ils peuvent bien désirer, leurs appétits créatifs sont encouragés, on ne les contraint en aucune manière.
Pourtant, un beau matin, à la stupeur générale, on découvre l'ensemble des parents de Pangbourne Village sauvagement assassinés dans leurs demeures, leurs enfants kidnappés par de mystérieux ravisseurs. Qui a bien pu commettre un pareil carnage ? Et pour quel motif ? Aucune demande de rançon ne parvient à Scotland Yard. Aucun groupe terroriste ne revendique la responsabilité de la tuerie.
Un psychiatre, le docteur Richard Greville, reprend l'enquête là où l'ont laissée les services de police. L'explication du massacre de Pangbourne Village s'impose bientôt à lui. Les enfants ne sont pas les victimes d'un quelconque enlèvement. Dans cette affaire, ce sont eux les assassins de leurs propres parents ! L'éducation ultra-libérale qu'on leur a donné ne leur a pas laissé d'autre moyen d'établir leur identité que de recourir à une sauvagerie criminelle, qui s'est retournée contre ceux qui désiraient se prémunir par tous les moyens des dangers de la vie en société.
Mais plus fondamentalement encore que l'éducation dispensée aux enfants (cette seule critique nous donnerait une oeuvre passablement réactionnaire – ce qui ne correspondrait en rien aux positions politiques de Ballard), c'est la volonté de maîtrise totale (de leur vie, de leur environnement, de celui de leur progéniture) développée par ce groupe de parents, incapables d'accepter le monde dans sa complexité, qui se révèle fatale au final. La tuerie qui frappe cette communauté radieuse ressemble beaucoup à un retour du refoulé, au surgissement soudain de pulsions trop longtemps niées, qui éclatent alors avec une virulence extrême. On pense alors beaucoup à un autre film de David Cronenberg, le très bon « Shivers » (1975), qui nous décrit par le menu l'avancement implacable d'un virus sexuel dionysiaque au sein d'un immeuble ultra-moderne, sensé apporter à ses locataires un ersatz de vie sociale, tout étant disponible en ce lieu profondément inhumain.
Il ne faut que 120 pages à J.G. Ballard pour balayer d'un revers de manche la folie que constituent de pareilles tentatives de s'extraire de la réalité du monde. Le simple fait de décréter qu'on rompt avec notre part animale n'est pas suffisant pour convaincre notre inconscient du bienfondé de la démarche. Gare alors au retour de bâton ! Quant au mythe de l'enfant innocent et pur, il prend ici lui aussi un sacré coup dans l'aile.
La lecture de cet excellent « Sauvagerie » est par conséquent chaudement recommandée !
Le Village

L'album de Marchal et Rodolphe apparaît commu un hommage transparent au Prisonnier. De quoi s'agit-il ici en effet ? D'une échange de prisonniers entre Américains et Soviétiques sur un pont berlinois durant la Guerre Froide qui amène un homme visiblement drogué à se réveiller dans un mystérieux village bordé d'un lac, quelque part en Russie. L'individu prétend s'appeler Olaf Gustavson, ingénieur finlandais, mais les autorités locales tentent de le convaincre qu'il ne s'agirait là que de sa couverture. Il s'appellerait en réalité Grégor Polianov, et serait un agent soviétique infiltré de l'autre côté du Rideau de Fer, auquel les autorités américaines auraient fait subir un lavage de cerveau !
Qui dit la vérité en ce lieu perdu au sein de l'immensité de la nature inviolée de la Russie soviétique ? Quelles sont les motivations sous-jacentes des uns et des autres ? Qui est qui ? Qui trompe qui ? Ce sont là quelques unes des questions récurrentes qui irriguent ce très distrayant premier tome du Village. L'incertitude relative à l'identité d'Olaf / Grégor nous tient en haleine, et le coup de théâtre final n'est pas sans ironie.
La copie demeure toutefois inférieure au modèle, cette bande-dessinée ne faisant que flirter avec l'élément fantastique qui conférait à la série de Patrick McGoohan une touche inimitable, rendant le récit plus universel dans son propos. Le mystère se résume ici à une traditionnelle histoire d'agents secrets infiltrés - ce qui n'a rien de déshonorant en soi, mais qui n'a tout de même pas la même portée que les interrogations abordées par l'individualisme forcené du prisonnier...
mardi 21 octobre 2008
Autour de Stephen King. L'horreur contemporaine
Ce volumineux ouvrage, coordonné par Guy Astic et Jean Marigny, rassemble les actes du colloque qui s’est tenu en 2007 au château de Cerisy-la-Salle, en Basse Normandie. Agencé autour de la figure incontournable de Stephen King, qui popularise depuis plus de trente ans les littératures de l’horreur et du fantastique auprès du grand public, ce recueil d’essais en tous genres (littéraires, cinématographiques, sociologiques...) vise à faire le bilan de la production contemporaine en ces domaines. Un vaste panorama des auteurs-phare du genre (de Poppy Z. Brite à Neil Gaiman) et des films marquants en la matière est proposé au fil des pages souvent passionnantes de ce livre-somme.La première partie de l’ouvrage est donc consacrée à l’oeuvre du fameux écrivain du Maine, irrésistible et prolifique succession de « best-sellers » depuis les années 70 du siècle dernier. Les thèmes fondamentaux qui reviennent hanter ses romans l’un après l’autre sont analysés successivement : maisons hantées (l’hôtel Overlook de « Shining » renvoyant à la fameuse « Maison Usher » d’Edgar Allan Poe), révolte des objets, réflexion sur l’acte d’écrire (on pense aussitôt à « Misery » et à « La Part des Ténèbres »), rôle crucial de l’enfance (les enfants sont « doués pour la peur »), multiples références religieuses...
La seconde partie se penche quant à elle sur la floppée d’auteurs de talent dont la production se trouve quelque peu éclipsée par le succès commercial sans précédent rencontré par Stephen King : rôle des lieux maléfiques dans l’oeuvre de King (gothique) et celle de Serge Brussolo (schizophrène et bariolée) ; figure du fantôme dans les ouvrages de Peter Straub ; pornographie horrifique chez Poppy Z. Brite ; abus multiples perpétrés dans la création dionysiaque de Clive Barker...
La troisième et dernière partie du livre aborde pour sa part l’horreur visuelle, celle qui se répand dans les salles obscures à travers le monde. Il est ici question des adaptations cinématographiques des oeuvres de King (« La Ligne Verte », « Carrie », « Dead Zone »...), mais également de films et de cinéastes officiant dans le genre ou à ses marges : Bruno Dumont pour son long-métrage « Twentynine Palms » ; la trilogie « The Descent » / « Creep » / « La Crypte », qui emprunte à Jules Verne autant qu’au cinéma gore...
Au final, la lecture de ce pavé s’avère éminement enrichissante, sans jamais se révéler ennuyeuse ou absonse. Les articles abordent les divers sujets traités selon des angles originaux qui permettent tout à la fois de faire le tour de la question (du moins, une partie du tour...) et de glaner des réflexions stimulantes, susceptibles d’amener le lecteur à poursuivre son analyse par lui-même. Au sortir, on apprécie encore davantage l’incomparable talent de conteur de Stephen King, que beaucoup voudraient réduire à un simple auteur de seconde zone du seul fait qu’il rencontre un juste succès commercial. On prend ici conscience de la richesse de son oeuvre, constituée d’une multitude de couches qui risqueraient de passer inaperçues si l’on s’en tenait à une lecture trop superficielle de ses romans. Mais les actes de ce colloque permettent aussi de goûter à leur juste valeur les ouvrages rédigés par des auteurs tout aussi passionnants qui, en sa compagnie, contribuent grandement à la richesse de la production horrifique contemporaine.
On regrettera toutefois le prix un rien prohibitif de ce recueil d’essais (40 €), qui risque d’en dissuader plus d’un d’aquérir un livre qui mériterait une large diffusion, du fait des nombreuses clefs de compréhension et d’analyse qu’il fournit au fil de ses pages érudites.
Vivement conseillé !
vendredi 17 octobre 2008
mardi 14 octobre 2008
mercredi 8 octobre 2008
mardi 7 octobre 2008
La Muse de mauvaise réputation
Terpsichore = muse de la danse.Le danseur fait corps avec son oeuvre. Mais en dépit d'un terrain propice (pourtant, corps, nudité et érotisme vont-ils nécessairement de paire ?), peu d'oeuvres chorégraphiques ont une visée érotique. Est-ce le résultat de la présence immédiate (ici et maintenant, non médiatisé) du corps sur scène (auto-censure) ? Première pièce érotique ? : "L'Après-midi d'un faune". Le primitif serait érotique ? Façon de dire que les Africains sont bestiaux. Rapport à la sexualité des danses sociales (cf. valse - "elle a son pucelage, moins la valse", tango...). Bûto et non-danse, bien que dénudés, sont très peu sexuels. Salomé (danse des sept voiles) = danseuse et prostituée. Le fétiche de la ballerine : vêtue de blanc, corset, tutu (de tulle, n'entrave plus les mouvements de la danseuse, dévoile) et pointes (légèreté, symbole phallique) --> corps dévoilé, poupée dansante, mécanique (cf. Coppélia). Les pointes : invention de Taglioni. Le ballet romantique réserve la danse aux femmes --> dénigrement du danseur, effeminé, homosexuel. Auparavant, la danse constituait un moyen de montrer sa virilité. Inversion. La danse vend du corps...
lundi 29 septembre 2008
Les Danses Macabres

La pensée de la mort se développe sous forme de "Danses Macabres" (littéraires et iconographiques) en Europe au XIVème siècle en parallèle avec le surgissement de la Peste Noire et de ses ravages (un tiers de la population européenne décimée ?). La mort est devenue omniprésente - choc psychologique intense. Deux lignées essentielles : française et germanique. L'égalité devant la mort doit-elle mener à la résignation ?
Le Dernier Evangile
Jack Howard, le protagoniste central de ce roman d'aventures archéologiques de David Gibbins (lui même universitaire à Cambridge et docteur en archéologie), n'a rien d'un Indiana Jones moderne. Pas de panoplie avec lasso et sourire charmeur en coin pour ce scientifique britannique, que l'on retrouve ici dans le troisième volet de ses exploits. Après avoir retrouvé la trace du fameux continent englouti décrit par Platon dans « Atlantis », mis la main sur le trésor des Croisades dans « Le Chandelier d'Or », il s'attaque ici à l'épave du navire de saint Paul, l'homme qui a contribué à répandre le Christianisme hors de son berceau d'origine, au Proche-Orient...
C'est aux abords de Pompéi - à Herculanum, pour être précis, une autre ville ensevelie lors de la fameuse éruption du mont Vésuve, en 79 après J.C. – que tout s'enclenche. Jack et ses compagnons découvrent un document qui les incite à penser que Claude, l'Empereur romain ayant régné de l'an 10 à l'an 54, n'est pas mort empoisonné comme on le pensait jusqu'ici. Il aurait en fait simulé son trépas afin de prendre sa retraite, loin des machinations de la Cour, afin de se consacrer pleinement à la rédaction de ses mémoires en compagnie de Pline l'Ancien.
Encore plus stupéfiant, Claude aurait rencontré, lors d'un séjour en Palestine effectué quelques décennies auparavant, un charpentier du nom de Jésus ! Impressionné par son enseignement, il lui aurait fait rédiger un Evangile qu'il s'est empressé de cacher. Il va de soi que pareille découverte promettrait de révolutionner la conception que des générations et des générations se sont faites de la parole du Christ, jusqu'ici seulement transmise par d'autres auteurs, jamais directement par le principal intéressé. Le fait de mettre à jour un document écrit de sa propre main, de revenir ainsi à la source de sa sagesse, a donc de quoi faire saliver notre archéologue de choc.
Mais tout le monde ne l'entend pas de cette oreille. Des forces obscures au sein de la Curie romaine – le « concilium ecclesiasticum sancta Paula » - veillent à ce que ce secret ne s'ébruite pas. Car c'est tout l'édifice sur lequel se sont bâtis deux millénaires de Christianisme qui pourrait s'effriter dans l'éventualité où cet Evangile remonterait à la surface. Et tous les moyens sont bons pour empêcher pareille éventualité - y compris la violence physique la plus sordide, digne des pratiques de la Mafia napolitaine...
Il en faut toutefois davantage pour décourager notre héros, qui s'élance avec entrain sur la piste du très convoité manuscrit. Il commence par un peu de plongée sous-marine dans les égouts de Rome, avant de s'envoler pour Londres et la cathédrale Saint-Paul. Là, il exhume la tombe de Boadicée, la fameuse reine bretonne ayant mené la révolte contre l'envahisseur venu d'Italie. La petite équipe flanquant Jack quitte ensuite les brumes britanniques pour le soleil éclatant de la Californie, remontant consciencieusement le fil devant les mener, ils l'espèrent tous, à l'Evangile de Jésus de Nazareth...
On ne peut pas s'empêcher, à la lecture de ce roman, plutôt divertissant au demeurant, de penser au célebrissime « Da Vinci Code » de Dan Brown. Même jeu de piste à travers les âges et les lieux, mêmes agissements machiavéliques d'individus néfastes noyautant de l'intérieur l'Eglise Catholique elle-même, même plaisir à découvrir un passé revisité, réagencé par la grâce d'une narration enlevée... Cette ressemblance est peut-être d'ailleurs ce qui constitue également la limite essentielle de ce « Dernier Evangile » : on a par instants la sensation que l'auteur se contente de dérouler une recette à succès, que l'on aurait souhaitée plus créative.
Ces réserves énoncées, il faut toutefois reconnaître à David Gibbins une solide connaissance de son propos (mais après tout, c'est son métier !) et d'indéniables qualités littéraires. Le roman se lit d'une traite et, chose non négligeable, on apprend au passage tout un ensemble de faits historiques qui nous aident à mieux cerner cette période de l'Antiquité. Avis donc aux amateurs de vieilles pierres et de mystères enfouis dans les gouffres du Temps !
Le Souffle du Temps
Avant tout connu pour sa série de romans de « La Forêt des Mythagos » et son travail au sein de la « fantasy mythique », Robert Holdstock s'est offert en 1981 un crochet par le domaine de la science-fiction pure avec « Le Souffle du Temps ». Cependant, l'auteur a là aussi adopté une démarche résolument éloignée de la « hard science » défendue par nombre de ses compères pour flirter avec un ton rappelant par moments celui de la « fantasy ». Plutôt qu'un inventaire de termes techniques savants, son roman constitue en effet davantage une réflexion poétique sur des notions telles que l'inéluctabilité de l'écoulement du temps, la nature de notre humanité, le hasard et la destinée...
L'action se déroule sur le monde de VanderZande (dit aussi « Kamélios ») - une planète a priori inhabitée, qui a pour caractéristique essentielle d'abriter des vallées balayées par les « vents du temps ». Ces vents sont en réalité des distorsions temporelles faisant s'échouer au petit bonheur la chance des épaves et des bâtiments venus d'autres âges au sein de l'époque fréquentée par les colons humains. Ces derniers s'empressent d'ailleurs d'aller explorer ces vestiges avant qu'une autre rafale venue de l'Outretemps ne les remporte aussitôt avec elle.
Léna Tanoway, Léo Faulcon et Kris Dojaan constituent le trio autour duquel s'agence l'essentiel du récit. Venus de la Cité d'Acier, gigantesque monstre de métal ayant la possibilité de se déplacer d'un lieu à l'autre en fonction des saisons, chevauchant leurs motos à travers les étendues désertiques de cette planète à la recherche d'artefacts extraterrestres, ils sont rapidement confrontés à la figure fantomatique (et polémique !) de Mark, le frêre de Kris, emporté jadis par un vent du temps. Kris est pour ce qui le concerne absolument persuadé de pouvoir retrouver Mark, qu'il imagine surfant sur les vagues temporelles. Léo, amoureux de Léna, hésite à dévoiler les relations d'amitié qu'il entretenait avec Mark, dont il se reproche la disparition. Quant à l'individu responsable de leur unité, le commandant Ensavlion, il est pour sa part totalement obnubilé par la possibilité d'entrer en contact avec les entités à l'origine des mystérieux vents du temps...
Suite à une expédition qui tourne mal, Léo s'exile au sein d'une communauté de Modifiés – des êtres humains désireux de s'affranchir des contraintes technologiques pour vivre sur Kamélios, n'hésitant pas pour ce faire à intervenir sur leur propre code génétique. Au contact des ces êtres différents, Léo va découvrir une autre philosophie de l'existence qui va lui permettre d'effectuer son retour à la Cité d'Acier. Une fois revnu, il osera enfin s'aventurer en ce lieu duquel on ne revient jamais. Il osera enfin se laisser emporter par une rafale de vent du temps...
« Le Souffle du Temps » brasse ainsi tout un ensemble de thèmes extrêmement variés. Le récit hésite d'ailleurs souvent entre les diverses pistes qu'il trace, ce qui laisse parfois le lecteur dans l'incertitude quant au message que la narration est sensée délivrer. On ne sait pas toujours très bien si l'on doit s'attacher aux personnages, ou si le coeur du récit réside dans le mystère qui entoure les phénomènes temporels propres au monde de VanderZande. L'interlude au sein des Modifiés pose également plus de questions qu'il n'apporte de réponses.
On aurait peut-être aimé que l'auteur développe une intrigue plus classique, faite d'actions et de rebondissements, d'objectifs clairs et bien définis. La rédaction d'une oeuvre désireuse d'aborder de tels thèmes philosophiques nécessite une aisance que Robert Holdstock ne semblait malheureusement pas détenir à l'époque de la parution de ce livre. L'ensemble n'est pas complètement dénué de qualités, loin s'en faut, mais il manque un zest d'énergie au récit qui ne se révèle au final jamais totalement captivant.
Il s'agit donc là d'un roman que les amateurs de l'auteur devront lire, ne serait-ce que parce qu'il dévoile un aspect différent de son talent de conteur, mais qui ne figurera peut-être pas en tête de liste des ouvrages à bouquiner pour les lecteurs étrangers à son univers.
vendredi 12 septembre 2008
Les Bêtes aussi ont le droit de vivre

Les Rats
« Les Rats », le premier roman du célèbre écrivain britannique James Herbert, originellement paru en 1973, demeure peut-être encore à ce jour son oeuvre la plus mémorable. Non pas tant d'ailleurs pour ses qualités strictement littéraires (pas de fioritures, un récit qui va droit à l'essentiel, qui ne dévie guère) que pour sa description d'un fléau apocalyptique, surgi des tréfonds londoniens, qui s'abat sur la ville avec une virulence qui n'a d'égal que le peu d'intérêt que lui portent de prime abord les membres de la classe dirigeante. Cette dernière se révèle en effet plutôt indifférente au sort des couches les moins aisées de la population. Car la critique sociale déployée par Herbert, si elle avance masquée sous les traits d'un vulgaire récit de science-fiction « gore », n'en est pas moins toujours présente. Elle se révèle même violemment acide à l'occasion - à la manière du travail effectué au cinéma par un George Romero dans le sous-genre des zombies.
L'intrigue gravite autour d'Harris, un jeune professeur d'art évoluant dans les quartiers difficiles de l'est de Londres. Il est l'un des premiers à constater l'apparition d'une nouvelle espèce de rats, particulièrement agressive envers les êtres humains, à la morsure systématiquement mortelle à brève échéance, dont la taille avoisine celle d'un chien. Au début limitée à une poignée d'individus, la population de rongeurs prolifère toutefois à la vitesse « grand V », jusqu'à représenter un authentique danger pour la sécurité des habitants de la ville. Les rats gagnent progressivement de l'assurance et n'hésitent plus à mener des attaques de vaste envergure. La première scène de carnage se déroule dans le métro. Les malheureux passagers d'une rame coincée entre deux stations se font presque tous dévorer vivants par les immondes créatures. C'est ensuite le tour de la propre école d'Harris de subir les foudres d'une opération d'ampleur menée par les rats mutants. Le pire sera alors évité, grâce notamment au sang froid de notre héros. Seul le directeur de l'établissement trouvera la mort lors de cet incident.
Suite à ces éruptions de violence au coeur même de la capitale britannique, les autorités se doivent de réagir. Plus moyen de berner l'opinion publique, des mesures drastiques s'imposent. L'idée d'infecter les rats à l'aide d'un virus destiné à les éradiquer s'impose rapidement. Le plan semble d'ailleurs dans un premier temps se dérouler à la perfection : les rongeurs meurent par milliers, le danger semble définitivement écarté.
Mais c'est sans compter sans leur incroyable capacité d'adaptation...
La violence crue dépeinte par Herbert dans les pages de son roman lui a valu à l'époque d'être assez mal reçu par une partie de la critique. Faut-il s'en réjouir ou le déplorer - toujours est-il que les descriptions sanguinolentes contenues dans cet ouvrage ne suscitent plus la même révulsion aujourd'hui. En fait, plutôt que les passages ouvertement « gores » du livre, on peut parier que ce sont davantage les horribles descriptions de nos amis rongeurs à quatre pattes qui susciteront le dégoût chez de nombreux lecteurs. Car Herbert joue à fond la carte de la diabolisation de ces petites boules de fourrure, toujours entâchées dans l'inconscient collectif, pour leur plus grand malheur, d'une réputation morbide héritée de l'époque où elles détruisaient les récoltes et propageaient les épidémies (souvenons nous de la tristement célèbre Peste Noire...). A l'instar du loup, on a beau aujourd'hui savoir que cette peur n'est guère fondée en raison, rien n'y fait : la répugnance à l'égard des rats perdure.
Prenant acte du vaste succès commercial rencontré par son roman - qui se termine de manière relativement ouverte - James Herbert lui a donné deux suite : la première en 1979 (« Le Domaine des Rats ») et la seconde en 1984 (« L'Empire des Rats »).
Leur critique suivra d'ici peu sur les pages de Phénix Web...
Le Rire étrange : Bergson avec Freud

lundi 1 septembre 2008
jeudi 28 août 2008
L'invention des Pyramides
Panorama des différents types de pyramides, à travers les âges et dans l'espace, depuis l'Egypte antique jusqu'à la pyramide du Louvre. La pyramide = alliance du tas de sable et de l'angle droit, carré qui se termine en simple point. Evidence de cette forme, stabilité, simplicité de la construction (géométrie du moindre effort). Tombeau ou lieu de rencontre avec les dieux, moyen de s'élever vers ces derniers ou de les aider à descendre jusqu'à nous. La forme pyramidale se retrouve aussi en Mésopotamie (ziggourats, dont la fameuse de Babylone, ayant servi de modèle à la Tour de Babel), au Pérou (société de Caral), en Méso-Amérique (Olmèques, Aztèques), en Amérique du Nord (les Mound Builders, entièrement réalisés en terre), au large des côtes du Japon (pyramides engloutie de Yonaguni)... A l'inverse des tours et des gratte-ciels (structures contre-nature, à l'espérance de vie limitée - intempéries, vent, tremblements de terre...), les pyramides sont construites pour l'éternité.Magnifiques Pyramides et Sphinx mystérieux
Bon panorama des pyramides de l'Ancienne Egypte, commençant comme il se doit avec la pyramide à degrés de Djéser à Saqqarah, conçue par le célèbre architecte Imhotep (construction réalisée en utilisant un mastaba pour socle). Etape intermédiaire, la pyramide rhomboïdale de Snéfrou sur le site de Dahchour opère la transition entre la pyramide à degrés et la pyramide à faces lisses (ou à pente droite) - sa seconde pyramide, dite "la pyramide rouge", sera d'ailleurs à pente droite. Et c'est à Gizeh, avec les pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos que ce concept est porté à son plus haut degré de perfection sous l'Ancien Empire, nous offrant ainsi une des sept merveilles du monde antique (la Grande Pyramide de Khéops). Diverses théories sur les méthodes de construction de ces mastodontes sont évoquées : rampe frontale, rampe hélicoïdale, etc. Enfin, les pyramides nubiennes sont brièvement abordées en fin d'ouvrage...vendredi 22 août 2008
Battle Royale

Le premier roman de Koushun Takami, originellement publié au Japon en 1999, constitue un jalon incontournable de la littérature d'anticipation dystopique de ce nouveau millénaire. Son importance n'a d'ailleurs pas tardée à être largement reconnue, et ce bien au-delà des seuls cercles littéraires acquis d'avance à ce type de récit corrosif. Kinji Fukasaku, le fameux cinéaste, l'a aussitôt porté à l'écran en 2000 (avec Takeshi Kitano dans un rôle à sa démesure) – je renvoie ceux d'entre vous qui seraient désireux d'en apprendre davantage sur cet excellent film à l'article que je lui ai consacré dans les pages de la revue « Eclipses » : http://www.revue-eclipses.com/upload/pdf/som37.pdf. Une suite de moindre intérêt, tournée en 2003 par Kenta Fukasaku (le fils de Kinji), a ensuite vu le jour. Deux séries de manga, d'un intérêt plus que relatif, se sont également emparées de l'univers de « Battle Royale », dans la foulée des adaptations cinématographiques mentionnées ci-dessus.
Résumons brièvement le propos du livre. L'action se déroule en 1997, dans un univers parallèle où la trajectoire politique du Japon a grandement divergé de celle que nous lui connaissons. Rebaptisé « République de Grande Asie » (une référence probable à la « sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale » que l'Empire Japonais souhaitait voir instaurée, sous sa houlette, durant la Seconde Guerre mondiale), le pays s'est mué en dictature militaire de type national-socialiste, avec à sa tête un « Reichsführer ». C'est dans ce cadre bien particulier qu'un « Programme » d'expérimentation militaire procède chaque année à la sélection aléatoire de cinquante classes de 3ème à travers l'ensemble des Collèges du pays. Les élèves tirés au sort sont alors évacués « manu militari » vers des zones où ils auront pour unique consigne... de s'entretuer jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un, le « champion » de la session ! Objectif officiel du Programme : recueillir des données statistiques utiles aux forces militaires de l'archipel. Objectif officieux : promouvoir la défiance systématique envers ses semblables, la crainte permanente d'autrui, garantie de pérennité pour le régime en place, désireux d'éviter toute forme de contestation organisée de la part de ses citoyens. « L'homme est un loup pour l'homme » - pour reprendre la célèbre formule de Thomas Hobbes, tirée de son ouvrage phare « Le Léviathan » - et seul l'Etat peut nous protéger les uns et des autres...
« Battle Royale » nous invite à suivre le cas particulier de la classe de 3ème B du collège municipal de Shiroiwa, département de Kagawa, transvasée dans l'univers clos d'une petite île évacuée de ses habitants, à l'écart de la métropole. C'est en ce lieu propice à l'assouvissement de ses pulsions meurtrières les plus viles, sur ce théâtre des opérations dont on ne saurait a priori s'échapper, que Shûya Nanahara, Shôgo Kawada et Noriko Nakagawa vont devoir lutter contre leurs « camarades » de classe - tantôt assoifés de sang, tantôt terrifiés ; tantôt naïfs, tantôt retors - sous l'oeil intéressé de fonctionnaires gouvernementaux n'hésitant pas à parier de grosses sommes sur tel ou tel favori dont ils souhaitent le triomphe...
Il s'agit donc là d'une sorte d'expérience de psychologie sociale à ciel ouvert, en bien des points similaire à celles menées par Stanley Milgram aux Etats-Unis dans les années 60. Ces expériences visaient à étudier le degré d'obéissance d'individus auxquels on demandait d'infliger des décharges électriques à des inconnus. Le voltage augmentait progressivement, pouvant au bout d'un certain temps entraîner la mort du patient. Bien entendu, les sévices étaient simulés par l'équipe de Milgram, constituée d'acteurs. Mais les cobayes humains qu'il sélectionnaient n'avaient pas conscience de ce point de détail. Résultat : plus de 60 % d'entre eux allaient jusqu'à infliger une décharge mortelle à ces personnes qui ne leur avaient strictement rien fait ! (pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram).
On le voit, placés dans des conditions en rupture avec l'ordre social habituel, les êtres humains sont susceptibles de commettre bien des atrocités. Les collégiens de cette République de Grande Asie ne font pas exception à la règle. Ils se trucident les uns les autres à tour de bras, dès qu'on leur en donne la possibilité. L'autorité gouvernementale n'a en fait guère besoin de les pousser à s'adonner à leurs penchants mauvais. A l'instar de la morale véhiculée par « Sa Majesté des Mouches », le classique de William Golding, le vernis de civilisation dont nous sommes si fiers se craquèle facilement dès qu'on commence à le gratter. Quant à la soi-disant innocence des enfants, elle fait ici long feu !
Fondamentalement, ce récit nous invite à nous interroger sur la notion de « confiance » (et sur son corrélat, la « méfiance ») : comment puis-je avoir la certitude qu'autrui ne souhaite pas ma mort ? ne devrais-je pas m'en débarasser avant qu'il ne décide de m'éliminer ? que se passe-t-il dans l'esprit des individus qui m'entourent ? leurs actions sont-elles des leurres destinés à me tromper ? disent-ils ce qu'ils pensent ou bien alors ce que je veux entendre ? comment m'assurer de leur bonne foi ? qui croire, en dehors de moi-même ? Voici brièvement résumées certaines des questions essentielles auxquelles ces adolescents vont devoir rapidement apporter des réponses dont dépendront leur survie... Il s'avèrera que la plupart d'entre eux ne souhaitent pas vraiment faire de mal à leurs compagnons, qu'ils ne s'y résolvent que par défaut, pas crainte, ou par incapacité à lire le jeu d'autrui. Toutefois, une minorité active n'hésitera pas à « se prendre au jeu » (un jeu de massacre, en l'occurence). Que leur participation résulte de troubles psychologiques liés à de mauvais traitements antérieurs (Mitsuko Sôma) ou bien alors qu'elle découle d'un manque total d'empathie pour leurs « semblables », d'une absence radicale de sentiments à leur égard (c'est notamment le cas de Kazuo Kiriyama, la figure démoniaque de ce récit, qui nous renvoie directement à la notion de « zombie philosophique », ces êtres hypothétiques en tous points semblables au reste de l'humanité, à ce détail près qu'il sont en réalité dépourvus de toute intériorité véritable : http://en.wikipedia.org/wiki/Philosophical_zombie).
Quant on connaît le haut degré de compétition entre élèves que le système scolaire instaure au Japon (on parle là-bas de « l'enfer des concours », un processus de sélection qui commence dès le Collège et qui entraîne chaque année plusieurs adolescents jusqu'au suicide, du fait du stress et du surmenage qu'il induit !), on comprend mieux pourquoi le sentiment de méfiance l'emporte aussi rapidement dans ce groupe – ces adolescents sont en quelque sorte prédisposés à considérer leurs semblables comme des adversaires plutôt que comme des partenaires... Toujours au Japon, les brimades sont également monnaie courante à l'école (on parle « d'ijime »), les caïds n'hésitant pas à malmener les plus faibles qu'eux, sans que cela soulève vraiment l'indignation des professeurs et de la population en général...
Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que cette « battle royale » se déroule avec une telle ferveur. Mais au fait, qu'est-ce qu'une « battle royale » ? Cette expression provient de l'univers du catch professionnel. Il s'agit d'un match regroupant de multiples compétiteurs, où tous les coups sont permis - les alliances, les mêlées, les combats individuels, les trahisons, etc. -, au cours duquel les participants sont progressivement éliminés jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Cet individu sera alors déclaré « champion » de la « battle royale ». On comprend bien pourquoi Koushun Takami a souhaité reprendre cette expression pour son roman.
Au final, la lecture de « Battle Royale » est chaudement recommandée, même si l'on ne saurait passer sous silence un certain nombre de faiblesses (stylistiques, notamment) qui empêchent de ranger ce roman sur un pied d'égalité avec d'autres oeuvres similaires. Disons que le contenu de « Battle Royale » se révèle bien supérieur au contenant, sans que ce dernier soit dénué de qualités pour autant. Un livre essentiel, un livre qui fait froid dans le dos.
L'Art Contemporain
L'art d'aujourd'hui n'est pas toujours contemporain. La transition de l'art moderne à l'art contemporain semble s'être effectuée durant les années 60. La participation du public à l'oeuvre va grandissante tandis que le rapport au temps se fige dans un rapport au présent. On assiste aussi à une atomisation des courants artistiques, doublée d'une ouverture aux arts originaires d'autres continents. Les musées eux-mêmes sont tentés de se transformer en oeuvres d'art. Le rapport au corps se développe tandis que l'artiste intervient sur le support même de son oeuvres, au moins autant que sur son contenu. lundi 18 août 2008
Reiko the Zombie Shop T8

Dans cette nouvelle aventure, riche en rebondissements multiples, Reiko va prendre conscience de ce qui confère à son nouvel ennemi juré, Kim Yee-Him, une telle capacité de nuisance. Son métabolisme unique lui permet de se régénérer en un temps record, la guérison de blessures synonymes d'un trépas certain pour le commun des mortels s'effectuant chez lui en quelques secondes à peine – à la condition unique qu'un apport massif en protéines lui soit régulièrement dispensé, y compris par le biais de pratiques cannibales des plus révoltantes...
C'est dans son manoir même que notre jeune marchande de zombie va devoir débusquer l'infâme distributeur d'étoiles – ces étoiles qui permettent à qui en possède une de contrôler, souvent à tort et à travers, des revenants surpuissants, assoiffés de sang. Flanquée de ses proches amis zombistes Jusmin, Chikuro et Gôjin, elle va d'abord se débarasser des sbires de Yee-Hin, plus redoutables les uns que les autres, avant de s'en prendre au chef de cette meute de psychopathes.
Elle va rapidement arriver à la conclusion que son unique espoir de venir à bout de ce corps soi-disant indestructible va consister à ne pas lui laisser de répit, de manière à ce que son processus de régénération se trouve dépassé par les dégâts subits. Mais c'est une chose de dresser un plan d'action, aussi pertinent soit-il, et c'en est une autre de le transcrire dans la réalité !
Ce huitième tome de Reiko the Zombie Shop se focalise exclusivement sur l'éradication systématique du clan Yee-Him menée par Reiko et sa bande d'adolescents, toute une brochette de personnages pour lesquels il est aussi naturel d'aller au lycée le jour que d'éventrer ses semblables par zombies interposés la nuit. Toujours aussi « gore », toujours aussi « fun », toujours aussi déjanté. Un de ces plaisirs coupables qu'il faut savoir s'octroyer de temps à autre, histoire de se laver l'esprit de préoccupations trop pesantes.
Le Rire
Cet ouvrage de Bergson vise à démonter la mécanique du rire. A quoi sert le rire ? C'est un dispositif inconscient que déploie la société afin d'humilier ceux de ses membres qui ne font pas montre de suffisamment de souplesse, d'elasticité dans leurs agissements ou dans leurs pensées, qui agissent avec une raideur toute mécanique (pantin) - et de les faire ainsi rentrer dans le rang. Pour rire, il faut donc être insensible aux sentiments de la personne dont on se gausse, ne la percevoir que de l'extérieur.jeudi 14 août 2008
Nés pour cogner T3

Takeshi Yamato, le sympathique héros de ce récit aux allures de « Fight Club » nippon, surnommé « le Tanker » du fait de son sexe aux dimensions « godzillesques » (ce qui le complexe énormément), se voit obligé de se faire confectionner un « fundoshi » sur mesure (le sous-vêtement traditionnel pour hommes du Japon, composé d'une longue bande de coton), une protection qui soit à même de protéger son attribut viril des regards importuns. L'objectif du « Fundoshi Battle Royale » qui ouvre le tournoi (ce terme, venu de l'univers du « catch », désigne un match au cours duquel les combattants s'affrontent au sein d'une vaste mêlée, chacun pour soi, mais libres de constituer ou de défaire des alliances ponctuelles selon l'intérêt du moment) consiste en effet à arracher le sous-vêtement d'au-moins trois adversaires, ce afin de pouvoir gagner son ticket pour la suite de la compétition...
L'entraînement de Monsieur Toraïchi, l'ancien homme de main auprès duquel Takeshi s'est aguerri, va trouver ici toute son utilité. Il va en effet falloir que Takechi développe des trésors d'ingéniosité pour se tirer de ce vaste jeu de carnage ! Son premier adversaire digne de ce nom, « Lilly le saccageur de cérémonie », un génie du combat au sol, va lui donner bien du fil à retordre (signalons toutefois que le traitement de ce personnage, ouvertement homosexuel, pourra légitimement faire grincer bien des dents – on aurait aimé que Shin'ichi Sakamoto nous épargne ce portrait ouvertement homophobe). Il viendra ensuite à bout d'un professeur de karaté, playboy émérite obnubilé par sa calvitie avancée...
La testostérone coule une nouvelle fois à flot dans ce tome où les combats se multiplient. Si l'on ne saurait excuser les accents homophobes du récit, relevés ci-dessus, reconnaissons cependant que « Nés pour cogner » mérite néanmoins le détour pour son ambiance digne d'un récit d'anticipation dystopique.
L'inquiétante étrangeté

mercredi 13 août 2008
Le Silence de la Mer








